• LE GUET-APENS (suite et fin.)

    • Reçu le 30 décembre à 6 h 45

    Oui ils vont bien.

    Alice.

    Oui ils vont bien ! J’en suis tombée à la renverse dans le canapé ! Non, mais on se foutait de ma gueule là ! Je me décomposais depuis plus d’une heure, et c’est tout ce qu’on avait à me proposer pour essayer de retrouver une forme humaine ! Cette attitude m’horripilait pour de bon, je ne pensais plus aux conséquences que pouvaient provoquer mes mots.

     

    • Envoyé le 30 décembre 6 h 48

    Bon, écoute Alice, moi, je veux bien t'aider, pas de problème. Mais tu dois me dire où tu es. Je ne suis pas sûre de ta connexion internet. Si je dois t'envoyer des codes pour recharger ta carte, je préfère un minimum de sécurité. Je me suis renseignée, ils en vendent à côté, j'irai en sortant. Mais tu m'écris d'où ? Si tu as accès à un ordinateur, il doit bien y avoir un téléphone dans cet hôtel ? Appelle-moi ! Je veux savoir pourquoi tu es partie ! 

     

    Je venais à peine de cliquer sur "envoyer", que déjà je m’en mordais les doigts. Mais ces regrets n’ont pas tenu longtemps parce qu’enfin je recevais quelque chose qui allait me satisfaire.

     

    • Reçu le 30 décembre 2015 à 6 h 58

    Je suis venue pour une affaire confidentielle mais je t'expliquerai quand je serai de retour. J'ai plus de crédit mais voici le numéro du gérant de l’hôtel : +225 67719963.

    Alice.

    Nom de Zeus ! C’était énorme ! Il me donnait un contact téléphonique et je ne savais pas comment procéder. Le cerveau d’une poule et bien malade, je vous dis. En temps normal, j’aurai appelé mais ce numéro m’a paralysée. Les fourmis galopaient dans mes doigts, je pouvais à peine tenir l’appareil dans ma main. À ce moment-là, une difficulté supplémentaire a débarqué. Mes amis, les acouphènes ont déboulé. Ils ont envahi mes oreilles et résonnaient dans ma tête. Une puissante sono, diffusant des notes ultras basses, habitait sous mon crâne. J’ai renoncé à l’appel téléphonique. Je me suis contentée d’écrire.

     

    • Envoyé le 30 décembre 7 h 08

    Je ne peux pas appeler du bureau vers l'étranger. Tu es dans quel pays ? Dis-moi pour que je puisse faire la manip de transition avec l'indicatif à l’international. Et puis tu m'agaces avec ton affaire confidentielle. J’aimerais que tu m'expliques un peu plus ! Je veux bien être gentille mais je veux savoir. C'est quand même le minimum. Je te rappelle que ma fille est avec toi. Et, pour une affaire confidentielle, on n’embarque pas les enfants de sa sœur. Alice, je veux t'aider mais tu dois m'expliquer ton histoire.

     

    Mes inhibitions jouaient au yoyo et cette fois, je n’appréhendais plus. Je me voyais face aux ravisseurs et une faramineuse envie de me battre avait remplacé la peur. Cela provoqua l’effet que j’attendais.

     

    • Reçu le 30 décembre 2015 à 7 h 15

    Tu vois, la ligne n'est pas bonne, pareil pour moi car je n'arrive pas à te joindre au téléphone. Je suis venue ici parce que j’ai eu l’opportunité de m'investir dans le domaine de l’import-export. J'ai reçu une proposition, dans ma boite e-mail, qui me semblait être une bonne affaire. Alors j'ai voulu faire un aller/retour rapide. Ensuite j'allais t'annoncer la surprise. Mais je me suis rendu compte que c’était une arnaque et j'ai même porté plainte. Les autorités compétentes sont à la recherche des personnes qui ont volé mon argent. En ce qui concerne les enfants, ils vont bien et sont très heureux de visiter ce pays.

    Alice.

     

    J’étais estomaquée par ce que je venais de lire. Tout s’emmêlait, je ne savais plus quoi penser depuis le début, mais là, c’était l’apothéose ! J’ai continué sur ma lancée puisque cela semblait délier les langues.

     

    • Envoyé le 30 décembre 2015 7 h 22

    Visiter le pays ! Tu y vas un peu fort, je trouve. Je vous croyais bloqués dans une chambre d'hôtel. Tu pars sans m'en parler, avec ma fille, tu te fais arnaquer et comme d'habitude, c'est moi qui vais payer ta connerie ! Tu as de la chance d'être ma sœur. Alors le meilleur conseil que je peux te donner, c'est d'aller à l'ambassade. Tu es dans quel pays ? Tu vas me le dire à la fin. OK. Tu es tombée dans un guet-apens mais ce n’est pas le bout du monde. Tu es ma sœur et je t'aime. Y’a pas de problème. Et, tu sais que l'argent, j'en ai. Depuis la mort de mon mari, j'ai hérité de tout. Et la vente des terres m'a rapporté beaucoup. Mais si tu ne me dis pas dans quel pays tu es, je vais me fâcher. Je n'aime pas quand tu te moques de moi Alice. J'ai toujours été gentille avec toi, alors mets-y un peu du tien. Voilà !

     

    La descente dans les profondeurs du "Grand N’importe Quoi" se poursuivait avec allégresse. Je vivais en plein délire : celui de mon correspondant et le mien qui alimentait cette conversation. À nous deux, nous pouvions inquiéter toute la société savante de psychiatrie !

     

    • Reçu le 30 décembre 2015 à 7 h 26

    Bon. Je te dis la vérité, je suis en Côte d'Ivoire et j'ai appelé l'ambassade. Je dois patienter encore deux semaines avant que je sois rapatriée pour la France. J'ai pas voulu t'en parler mais là, c’est urgent, s'il te plait, ne me laisse pas. Ta fille se porte bien et elle n'a rien.

    Alice.

     

    Je commençais à m’épuiser. Mon impuissance brûlait toute mon énergie. La fatigue et la sono qui diffusait toujours ses basses ne m’aidaient pas.

     

    • Envoyé le 30 décembre 2015 à 7 h 32

    OK ! La Côte d'Ivoire, c'est parfait. Dans ton malheur, tu as de la chance parce que j'ai un ami qui travaille à l'alliance culturelle à Abidjan. Je vais le contacter. En attendant, essaye d’aller à l'ambassade à pied. Tu es dans quel hôtel, j'imagine connaissant tes goûts de luxe que tu es dans le meilleur ! J'espère que tu es à Abidjan au moins ?

     

    Après ce message, j’ai commencé à compter les secondes puis les minutes. C’était inhabituel de la part de mon partenaire. Alors je l’ai relancé pour calmer le jeu.

     

    • Envoyé le 30 décembre 2015 à 7 h 56

    Alice, je n’arrive pas à joindre mon ami de l'alliance. Tu as raison : les lignes téléphoniques, c'est la galère. Je quitte le bureau bientôt. Je vais donc t'envoyer ce que tu me demandes. Tu as besoin de combien ? Je ne veux pas que les enfants manquent de quoi que ce soit. Je vais aussi prendre vos billets d'avion. J'espère que tu vas bien, ma petite sœur, réponds-moi s'il te plait.

     

    Et encore...

     

    • Envoyé le 30 décembre 2015 à 8 h 11

    Alice ! Tu es toujours là ?

     

    Je n’en pouvais plus. J’avais atteint le paroxysme de l’inquiétude. J’avais escaladé, sans assistance, tous les sommets du toit du monde. Et enfin, après plus de 30min sans nouvelles...

     

    • Reçu le 30 décembre 2015 à 8 h 14

    Je vais bien. J'ai déjà mon billet retour. Je veux seulement que tu achètes les recharges afin que je puisse régler les frais pour rentrer. Elles coûtent 300 euros, j'en ai besoin de 4 ou 5.

    Alice.

     

    J’étais soulagée... Alors j’ai écrit ce qu’il désirait lire. Je ne savais toujours pas où j’allais. Je déambulais dans une histoire montée de toutes pièces de part et d’autre. Mais le doute persistait, tapi au fond... Une série de messages s’est enchainée très vite. Dès que l’argent entrait en scène, le scénario s’écrivait rapidement.

     

    • Envoyé le 30 décembre 2015 à 8 h 17

    Je suis à la boutique, je ne peux pas en acheter plus d’une, le service marche mal. Est-ce que ça ira ? Encore une fois, est-ce que tu es à Abidjan ? Si oui, va à l'ambassade, ils t'aideront surtout avec les enfants.

    • Reçu le 30 décembre 2015 à 8 h 19

    Achète le nombre de cartes que tu pourras.

    Alice.

    • Envoyé le 30 décembre 2015 à 8 h 25

    Je me demande encore comment tu fais pour faire des conneries pareilles ! Tu arrives où ? Orly, Roissy ? Et à quelle heure ? Les enfants vont être fatigués, je te souhaite bien du courage. Tu ne m'as pas dit : tu as reçu les codes ? Finalement j'ai pu en acheter 6, ça devrait aller non ? Tu prends l’avion quand ?

    • Reçu le 30 décembre 2015 à 8 h 26

    J'ai rien reçu.

    Alice.

    • Envoyé le 30 décembre 2015 à 8 h 28

    Écoute Alice, je vais finir par me fâcher. Tu le fais exprès ? Et réponds à mes questions ! J'ai l'impression d'être une étrangère. C'est désagréable à la fin. Les codes, je les ai envoyés sur ton adresse du boulot. Alors maintenant, tu me dis ce que tu fais exactement. Où sont les enfants ? Merci ! Je suis fatiguée, je dois encore m'occuper de tes chiens, et aller chercher maman à la maison de retraite. Je te rappelle que c'est toi qui devais t'en charger ce soir !

    • Reçu le 30 décembre 2015 à 8 h 30

    Les enfants sont avec moi et ils vont bien mais je te dis que je n'ai rien reçu. Et comment peux-tu envoyer les codes sur mon adresse de boulot sachant que je t'écris ici Valérie ? À la fin peux-tu me redonner les codes ici ?

    Alice.

     

    Il faisait comme moi, il se mettait en rogne. Et pour la première fois, il a utilisé mon prénom. Il m’a surprise et cela m’a enfoncée un peu plus, baignant jusqu’au cou dans un marasme poisseux. Je tournais en rond, je n’arrivais pas à me dépêtrer de cette affaire.

     

    • Envoyé le 30 décembre 2015 à 8 h 33

    Tu sais très bien pourquoi je les ai envoyés à l'adresse du boulot. C'est une boite mail sécurisée. Je ne te reconnais pas Alice, et en plus tu m'engueules ! Tu ne me demandes même pas comment va maman. Et moi, dans tout ça ? Tu me dis que les enfants vont bien mais comment te croire ? Tu ne réponds pas à mes questions. Et arrête de me dire que tout va bien, je m'en fous, je veux savoir où vous êtes, dans quel hôtel et ce que vous faites. Quand reprenez-vous l'avion ? Où arrivez-vous ?

     

    Et, la solution a pointé le bout de son nez, tout simplement, c’est lui qui me l’a donnée. J’ai ressenti un soulagement comme jamais. La folie me guette, je le sais désormais.

     

    • Reçu le 30 décembre 2015 à 8 h 36

    Je compte revenir demain une fois que je recevrai les références des coupons. Je viendrai par Roissy. Je tiens à te dire que je n'ai plus accès à mon adresse de boulot, étant à l’étranger. Alors donne-moi les codes à cette adresse. Je me demande pourquoi tu ne veux pas les envoyer ici. En plus rien ne prouve que tu les aies vraiment achetés !        

    Alice.

     

    • Envoyé le 30 décembre 2015 à 8 h 37

    Tout comme rien ne prouve que tu sois Alice !

     

    Je me suis trainée jusqu’à la cuisine. Le jour était levé. J’ai préparé le café. Ma sœur n’allait pas tarder à appeler. Nous avions des emplettes à faire pour le réveillon. Je me suis assise à la table et j’ai bu un café, deux cafés, trois cafés... Alice n’a toujours pas donné signe de vie.

     

    LE GUET-APENS (suite et fin)

     

     


  • Commentaires

    1
    LN
    Dimanche 10 Janvier 2016 à 08:53

    .'ais tu as fini par appeler la police?

      • Dimanche 10 Janvier 2016 à 08:56

        Cela pourrait faire l'objet d'un troisième épisode. Mais pour le moment, je vais m'en tenir là. Mon roman m'appelle...Il a encore besoin de moi.

    2
    Nico
    Dimanche 10 Janvier 2016 à 09:23

    ... brrr; ça fait peur !!!

    3
    Caro
    Dimanche 10 Janvier 2016 à 09:29

    Bon suspens mais pas rassasiée!

      • Dimanche 10 Janvier 2016 à 09:43

        Je comprends Caro, cela mériterait un plus long développement. Mais l'idée est là. J'y reviendrais peut-être. Pour le moment, mon roman m'attend...Il a encore besoin de toute mon attention. J'avance bien...

    4
    BOX
    Dimanche 10 Janvier 2016 à 09:34

    Vous êtes en retard Alice , vous êtes en retard dit Le lapin , mais ou êtes vous  ? !!!!!!!

      • Dimanche 10 Janvier 2016 à 09:44

        Telle est la question ! Comme je disais plus haut. L'idée est là, je le développerais peut-être plus tard.

        Pour le moment Victoire a encore besoin de moi !cool

    5
    mille didier
    Dimanche 10 Janvier 2016 à 10:06

    moi je veux un rebondissement. Je suis avide d'une suite.

     

      • Dimanche 10 Janvier 2016 à 10:12

        Je comprends Didier ! Mais pour le moment, comme tu as pu peut-être le lire, je dois terminer le roman sur lequel je travaille actuellement.

        Cette ébauche d'histoire fera peut-être l'objet d'un roman. cool

    6
    Zitoune
    Dimanche 10 Janvier 2016 à 10:33

    Ca se laisse lire !

      • Dimanche 10 Janvier 2016 à 10:41

        Ah Zitoune j'aime ton enthousiasme ! Tu me fais rire...clown

        L'exercice consistait à créer une histoire à partir d'éléments pré-existants.

        Et bien entendu, de créer une cohérence autant que faire se peut.

    7
    zakia
    Dimanche 10 Janvier 2016 à 19:59

    ça fait flipper! bisoux ma fille bon courage pourla suite!cool

     

      • Mercredi 13 Janvier 2016 à 06:50

        J'espère que tu n'as pas eu trop peur bisouswink2

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