• LE GUET-APENS

    LE GUET-APENS

     

     

    C’était un mercredi, et c’est comme ça que ma journée a commencé.

     

    • Reçu le 30 décembre à 4 h 38

    Bonjour,

    Où es-tu en ce moment ? As-tu un petit temps libre par e-mail, j'ai à te parler. C’est urgent.

    Alice

     

    • Reçu le 30 décembre à 5 h 17

    As-tu reçu mon message ? Recontacte-moi par e-mail car je suis en attente de te relire.

    Alice

     

    Alice, c’est ma sœur. Nous habitons l’une à côté de l’autre. Nous travaillons ensemble et nos enfants sont élevés ensemble. Ils vont et viennent entre les deux maisons, distantes de quelques centaines de mètres. Nous vivons dans un quartier très calme, et très agréable. Nous communiquons essentiellement par téléphone, ou bien nous allons l’une chez l’autre. Nous nous voyons quotidiennement au minimum 10 heures par jour. Nous partons ensemble au boulot. Je passe prendre ma sœur, c’est sur le trajet, nous déposons les enfants qui étudient dans la même école. Nos maris s’entendent très bien et jouent dans la même équipe de foot, c’est tout juste s’ils ne sont pas frères eux aussi. Alors, quand j’ai reçu ces deux messages, j’ai eu peur. Il était 5 h 30. Je ne sais pas pourquoi je me suis réveillée à ce moment-là ni pourquoi j’ai consulté mon smart phone. Toujours est-il que je les ai lus et j’ai répondu immédiatement la chose suivante :

     

    • Envoyé le 30 décembre à 5 h 34

    Je t'écoute. 

     

    À partir de ce moment, je suis entrée dans une spirale infernale qui m’a fait passer par toutes sortes de sentiments. Un intrus s’est faufilé dans ce joli schéma, il a tout ébranlé, me faisant douter de tout, de moi, de ma sœur, de la réalité de ma vie. Mon mari dormait paisiblement ainsi que ma fille. Le fils de ma soeur était là aussi, il avait débarqué à l'improviste comme souvent. Quelques minutes plus tard, je recevais un autre message.

     

    • Reçu le 30 décembre à 5 h 38

    Je te remercie de m'avoir répondu car j'ai vraiment besoin de ton soutien. Je suis en déplacement pour une affaire très importante et confidentielle. Je comptais faire un aller/retour rapide, raison pour laquelle je n'ai informé personne. J’ai égaré dans un taxi, mon sac qui contenait mon téléphone, ma carte de crédit et l’argent... Il ne me reste plus que ma carte prépayée Trans-cash que je voudrais remplir. J'aimerais que tu m’achètes les coupons-recharges Trans-cash. Ainsi je pourrais régler mes frais d’hôtel et de déplacement le plus vite possible. Je te rembourserai une fois de retour. Les cartes de rechargement coûtent 300 €. Elles se vendent dans les bureaux à tabac, tu peux en trouver dans les stations-service et dans les supermarchés. J'en voudrais 4 ou 5, s’il te plait. Je reste donc en attente des codes de chaque coupon Trans-cash. Merci.

    Alice.

    Un tsunami venait de déferler. La puissance de la vague m’a balayé très, très loin de ma réalité. J’ai quitté le lit et je me suis réfugiée dans le petit salon. Je me suis recroquevillée sur le canapé, et, je lisais et relisais ce message. C’était totalement incompréhensible. Ma sœur ne ferait jamais une chose pareille : partir sans prévenir. Alors, j’ai pensé au pire et j’en ai conclu qu’elle avait été victime de quelqu’un : otage ou quelque chose comme ça. Et, tout ce qui suit prend son origine dans ce postulat. Je me suis enfermée dans cette bulle et durant trois heures, j’ai été l’héroïne d’un scénario qui s’écrivait au fur et à mesure de ma correspondance avec ma sœur ou quelqu’un qui se faisait passer pour elle. Mais je ne voulais pas qu’on sache que j’avais deviné. Je refusais de la mettre en danger alors je donnais le change. Je répondais du ton badin de celle qui ne s’inquiète pas. Au fond de moi grondait le Piton de la Fournaise !

     

    • Envoyé le 30 décembre à 5 h 55

    Ah zut, ma pauvre Alice ! Tu n'as pas de chance. Mais tu es où exactement ? Je vais faire tout ce que je peux mais je ne connais pas. C’est quoi ça Trans-cash ? Tu crois que je peux trouver ça ici ? Et sinon ça va ? Quand est-ce que c’est arrivé ?

     

    J’avais le cœur qui battait comme un fou. Je regardais mon téléphone avec frénésie et j’actualisais la réception de mes messages toutes les cinq secondes. J’avais peur d’être démasquée, et, que l’on fasse du mal, à ma sœur. La réponse ne s’est pas fait trop attendre.

     

    • Reçu le 30 décembre à 5 h 59

    Les cartes de rechargement coûtent 300 € et se vendent dans les bureaux à tabac, dans les stations-service et dans les supermarchés. J'en voudrais 4 ou 5 si cela est possible. C'est arrivé hier, je compte vraiment sur toi et je reste en attente de tes nouvelles et des références des coupons de recharges.

    Alice.

     

    Pas de menaces à l’horizon : pas encore, pensais-je. Je conservais mon calme et ma priorité était de savoir où elle était prisonnière. Encore une fois, ma raison était passée à la trappe. Je ne réfléchissais pas, je réagissais instinctivement.

     

    • Envoyé le 30 décembre à 6 h 06

    Je vais faire au plus vite mais je n’ai pas de voiture aujourd’hui. Je vais prendre le bus. Je vais sortir du boulot plus tôt, mon patron me doit bien ça ! Mais tu ne me dis pas comment ça va. Est-ce que tu seras de retour pour le réveillon ? Je te rappelle que c’est toi qui amènes le champagne ! Je blague bien sûr. Tu veux que j’aille m’occuper des chiens ? Tu es partie quand exactement ? Ils doivent avoir faim, soif, envie de faire pipi, non ?

     

    J’écrivais n’importe quoi pour ne pas étaler mon effroi. L’inquiétude me dominait. J’espérais que ma question concernant les chiens lui mette la puce à l’oreille. Alice n’aime pas les animaux. Mais est-ce qu’elle lisait mes messages ? En tout cas, quelqu’un y répondait.

     

    • Reçu le 30 décembre à 6 h 15

    OK ça marche. Je compte revenir demain une fois que j'aurai réglé certains détails. 

    Alice.

     

    Bingo ! Cette fois, je détenais la preuve que nous étions manipulées, ma sœur et moi. La pluie faisait rage et le vent s’engouffrait sous le toit de la maison. Une musique digne d’un film d’épouvante en sortait. Et, j’étais au cœur du drame. L’angoisse s’était envolée comme le cours du pétrole ! Je décidais de rentrer plus au cœur du sujet. 

     

    • Envoyé le 30 décembre 6 h 19

    Je m’occupe des chiens, ne t’inquiète pas. Et les enfants ? Ils sont où ? 

     

    La réponse a jailli.

     

    • Reçu le 30 décembre à 6 h 21

    Ils sont avec moi en ce moment.

    Alice.

     

    Et un mensonge de plus ! Je commençais à reprendre du poil de la bête. Je décidai d’attendre un peu avant de répondre et l’impatience, à mon étonnement, s’est invitée en face.

     

    • Reçu le 30 décembre à 6 h 25

    J'espère que tu pourras me venir en aide. Je reste en attente de tes nouvelles.

    Alice.

     

    Ces messages impersonnels me faisaient froid dans le dos. J’avais la sensation que mon correspondant connaissait tout de moi. Il était ma sœur. C’était troublant. Je décidai donc de lui donner une information qu’il n’avait pas afin de le mettre dans l’embarras.

     

    • Envoyé le 30 décembre 6 h 34

    Quoi ? Mais ma fille est avec toi ? J’espère que tu ne galères pas trop. Pourquoi es-tu partie avec les enfants ? Tu aurais dû me les déposer. Bon, fais bien attention à eux, je compte sur toi et de mon côté, je fais au plus vite. Est-ce que Manon a son téléphone avec elle ?

     

    Manon, c’est ma fille. Enfin, Manon, ce n'est pas son véritable prénom, je ne suis pas folle ! Elle a cinq ans. Elle n’a pas encore l’âge de posséder ce genre d’appareil. Je ne savais pas trop où tout cela allait me mener mais je parvenais à avancer, me semblait-il, dans ma petite enquête. Et, pour la première fois, je me suis dit : mais pourquoi tu n’appelles pas les flics ? La réponse de mon interlocuteur m’en a dissuadée.

     

    • Reçu le 30 décembre à 6 h 37

    Oui, nous avons tout perdu car ils étaient dans mon sac. S'il te plait, fais un peu vite, je compte sur toi. Le gérant de l’hôtel n’est pas commode. Et il voudrait bien son argent.

    Alice.

     

    Je craignais que le fil tendu, entre Alice et moi, se coupe. Alors j’ai continué à raconter n’importe quoi.

     

    • Envoyé le 30 décembre 6 h 43

    Écoute, je suis encore au boulot, tu sais ce que c’est ! D’ailleurs, tu m’as laissé un paquet de factures à envoyer ! Je te remercie. Bon, on verra ça quand tu rentreras. Mais par contre, il doit bien y avoir un téléphone là où tu es ? Appelle-moi, ce sera plus simple. Pourquoi tu ne veux pas que je vienne te chercher ? Et les enfants ? Comment vont-ils ? Vous faites quoi ? Ils ont mangé ? Tu sais, je suis inquiète.

     

    Pratiquement en direct, j’ai reçu les 4 mots suivants, cela m’a presque mise en colère et fais oublier que ce n’était probablement pas Alice qui me répondait. La peur me rendait aveugle. J’étais, à ce moment-là, dotée du cerveau d’une poule (...) à suivre.

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  • Commentaires

    1
    BOX
    Vendredi 8 Janvier 2016 à 10:43

    Alice est'elle au pays des merveilles ,perdu dans le labyrinthe du temps  ????? 

    2
    flo
    Vendredi 8 Janvier 2016 à 10:55

    Quel suspens! j'ai la ptite idée sur la suite...

     

      • Vendredi 8 Janvier 2016 à 10:57

        Mais dis-moi ? Quelle est cette idée ?

      • flo
        Vendredi 8 Janvier 2016 à 11:35

        non non, je ne dirais rien! mais j'ai un collègue qui a vécu une histoire similaire avec ...sa sœur, il n'en avait pas dormi de la nuit!!

         

    3
    Cdelest
    Vendredi 8 Janvier 2016 à 11:18

    Et oui, la société nous installe, nous conditionne insidieusement dans la sensiblerie

    et la dépendance...

    bisou

    Christian

    4
    LN
    Vendredi 8 Janvier 2016 à 19:05

    Je réfléchis aux quatre mots mais comme je n'ai pas ton imagination, je ne vois pas! Dons j'attends la suite avec impatience!

    5
    Nico
    Dimanche 10 Janvier 2016 à 09:18

    ce n'est pas le pays des merveilles, mais plutôt l'autre côté du miroir, l'envers du décor !!!

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