• Lacrima...GUS

     

    Lacrima 

    Je suis née un matin de janvier, jour froid et gris, un jour comme tant d'autres. Un jour que les gens pourraient considérer comme banal comme un épi dans un champ, comme un simple brin d'herbe dans la plaine de leur vie. Je suis pourtant née après de douloureux et longs moments d'agonie, car pour moi tu n'étais pas n'importe qui.  

    Tu étais mienne et j'étais le fruit de ton âme.

    Je suis arrivée dans un monde rendu fade par le passage monotone du temps et des problèmes. Un monde érodé et vidé de son sens, dans lequel tu ne trouvais plus ta place ni ta raison d’être. J'existais depuis longtemps bien au delà de tes yeux, bien avant que le monde réel n'assèche mes courbes et ne tarisse ma pureté. J'ai grandi dans tes pensées, pris de l'importance en ton cœur, jour après jour, épreuves après épreuves.

    Je suis née un matin de janvier, un jour triste et gris loin du regard des autres, mais déjà amoureuse du tien. Tu m'attendais sans le savoir, mais tu me désirais. Tu as souffert de ma naissance, mais tu m'as tout de suite aimé et détesté à la fois.

    Je suis née pour toi, soulageant la fatigue et purgeant le chagrin. Un instant j'ai troublé ton monde par mon existence, révélant enfin sa cruauté. Un monde ondulant de tristesse et de solitude...

    Et je l'ai tout de suite détesté moi aussi.

    J'aurais pu t'en vouloir de m'avoir laissé naître dans cet endroit infernal qui a tout de suite tenté de me dévorer. J'aurais pu chuter et tomber dans l'oubli, dérobée à la vie...Mais sans le savoir réellement, tu avais besoin de moi.

    Besoin de moi pour adoucir ton regard sur le temps, besoin de moi pour oublier ton chagrin et ton malheur. Alors tout naturellement, tu m'as laissé tendre mes doigts vers tes pommettes, embrasser ta joue.

    En cet instant j'étais devenue ton amie et ta malédiction, et plus cette petite chose fragile dans le secret de ton être. Et alors que je marquais ton visage de mes premiers reflets, tu as décidé de ne parler de moi à personne, de ne pas me laisser affecter ta voix. J'étais ta passagère blanche, le cristal maudit de ton existence dont tu ne voulais plus avoir honte. J'étais celle à qui tu as remis tes peines et qui devait les faire mourir en les emportant avec son coeur. Je devais être la seule, l'unique. L'élue qui devait empourprer ton visage pour lui redonner des couleurs, et qu'importe si je devais me dissoudre dans le flot déchaîné du quotidien.

    Tu m'as aimé, et dans ce monde il n'y avait plus que nous.

    Amoureuse de ton visage comme du seul endroit sur terre que j'avais envie de voir, j'ai emporté avec moi toute la poussière du monde qui masquait ton regard. Tu m'as laissé faire de cette journée banale la tienne, et celle de personne d'autre. Une journée où je suis née comme un soulagement, cette journée où j'ai pu prendre dans ma naissance une partie de ta peine et du poids qui t’empêchait d'avancer.

    Et lentement j'ai commencé à décliner, prenant conscience que là-haut dans le puits de tes yeux j'avais peut-être réussi à te sauver. Ce temps-là avait été le tien, le nôtre, malgré les seules minutes qu'il avait duré. Tels ces papillons venant au monde sans bouche, j'étais destinée à naître sans perspective d'avenir, éphémère mais belle, rappelant à ton corps sa propre vie.

    Tu as senti ma fin venir alors que je quittais ton visage et ta vie, mais tu ne m'as pas étouffée dans un mouchoir comme n'importe quelle larme. Tu m'as laissé chuter sur une feuille blanche, assombrissant le papier avec mon histoire, offrant à mon existence un autre but que celui d'un rejet. Tu m'as donné du sens.

    Une dernière fois, toi et moi avons vécu ensemble...Moi dans l’éternité des mots, et toi avec ce léger goût salé sur la joue. Ensemble, nous avons chassé la bruine de ce jour de janvier avec l'envie de me remplacer par un sourire.

    FIN

     

    Gus

     

    Lacrima...GUS

     

     


  • Commentaires

    1
    Cosson Nadege
    Jeudi 10 Août 2017 à 23:15
    Un peu noir a suivre
    2
    Caro
    Mercredi 16 Août 2017 à 15:16
    lacrima s'inscrit dans la virtuosité de ton écriture
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