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    Discours de fermeture

     

     

    Festival Virtuel de La Nouvelle 2017

    (À l'année prochaine pour de nouvelles aventures.

    Merci à tous.

    Vous avez été plus de 2000 à suivre ce Festival inédit...)


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    Nez de Pluie

     

    Cette pluie sent l’azote, celle-ci sent le mercure, celle-ci… Oh, celle-ci est irradiée.

    Anoki excelle à reconnaître la qualité de l’eau qui descend des nuages et rigole sur le sol. C’est un talent qu’il monnaie à prix fort maintenant que les pluies sont devenues toxiques et qu’il faut protéger la terre à chaque nouvelle averse. On tend ces grandes bâches au-dessus des sols et parfois l’eau en fait fondre le plastique. Les agriculteurs s’arrachent Anoki parce qu’ils sont rares ceux qui ont le talent de lire dans l’air les mélodies d’ozone. Grâce à lui ils sauvent leurs récoltes et évitent la misère. C’est un cercle vertueux. L’argent qu’ils donnent à Anoki ils le récupèrent au centuple lorsqu’ils vendent leurs céréales à prix d’or sur les marchés.

    “Venez travailler pour nous en exclusivité, lui proposent les grandes entreprises agricoles.

    – Je préfère garder mon indépendance.

    – Dites-nous votre prix. N’importe quel prix, insistent les hommes en costume-cravate.

    – Ce n’est pas une question d’argent”.

    Alors ils passent aux menaces. Ils préfèrent Anoki mort plutôt que de le partager. Obligé de fuir, Anoki se cache. Il trouve un vieux conduit d’évacuation près d’un ruisseau asséché et entreprend de le remonter. Grâce à son nez, il sait à quelles flaques boire et lesquelles éviter.

    A l’autre bout du conduit il y a une ville. Ici pas de champ à protéger, pas de récolte à préserver mais des gens, des foules insondables de gens. Anoki est couvert de boue, il attire les regards et les moues de dégoût. On se détourne de lui, on se méfie. Des nuages se massent dans le ciel. “Attention, prévient-il, cette pluie vous brûlera la peau”. Personne n’écoute. Anoki s’abrite et quand la pluie s’abat sur la foule, les parapluies fleurissent.

    Anoki marche dans les flaques. Le polyprène de ses semelles fume au contact de l’acide. Une fumée fine, légère, qui démange ses narines. Sur le bord du chemin s’entassent des carcasses en pointillés de rouille. Les kilomètres qu’il avale le mènent à un paysage plus aride. La poussière lui chatouille le nez. Il reconnaît le parfum d’un sol qui n’a pas reçu la pluie depuis longtemps. Du fond des crevasses s’élève l’odeur âcre du souffre. La terre ici est morte.

    Moite, les pieds traînants, Anoki se présente à la porte d’une maison isolée sous l’ombre d’un olivier. 

    – Entrez, lui propose la vieille femme qui habite là, restez aussi longtemps que vous en aurez besoin.

    Un oiseau aux plumes bleues l’observe, perché au sommet d’un vaisselier rempli de livres.

    La maison sent le papier en décomposition, l’urine et la citronnelle de synthèse. Dans un coin, des sacs de graines à l’effigie des grandes entreprises agricoles.

    – Je repars demain, remercie Anoki.

    – Où allez-vous ?

    – Quelque part où l’herbe pousse encore.

    La vieille hoche la tête avec nostalgie. Ils échangent des souvenirs chlorophyllés autour d’une tasse d’eau bouillie puisée à la source qui coule encore parfois dans la montagne et de quelques olives. Encouragé par l’hospitalité et par la fatigue, il lui raconte sa fuite, les chemins désolés qui l’ont amené jusqu’à cette retraite dans les montagnes.

    Le sommeil d’Anoki est traversé de cauchemars orageux. A son réveil l’oiseau le regarde, perché au pied du lit. Quand il quitte la maison, la vieille femme dort encore. 

    Il marche deux jours sans croiser de village ni aucune forme de vie. La solitude fait remonter les souvenirs. “Les résultats de vos analyses”. Les mots du médecin. Son sang contaminé et contagieux, incurable mais pas mortel. Pas tout de suite.

    Il secoue la tête pour chasser le passé et se concentre sur le parfum distant de l’eau qui le guide.

    Du haut d’une falaise il découvre l’océan et ses vagues à l’écume rouge. Autrefois, dit-on, il était bleu. Anoki reste là, les jambes dans le vide, à contempler cette eau meurtrière qu’il voit pour la première fois et la plage encombrée d’objets abandonnés par les vagues lèchent qui la font pleurer.

    “Toute cette eau gâchée”, soupire Anoki.

    Allongé sur le dos, mains derrière la tête, il regarde le vent disperser les nuages teintés. Il se dit qu’il pourrait rester là, attendre la pluie et la laisser le dévorer.

    Un bruit de moteur.

    Ils ne sont plus nombreux à avoir des voitures. Encore moins à pouvoir s’offrir du pétrole. En alerte, Anoki se laisse glisser sur une corniche étroite. Il a les yeux qui dépassent. Un fourgon de la grande entreprise agricole s’arrête. Des hommes armés en sortent.

    “Il était là”

    Anoki regarde sous lui. Les mètres qui le séparent de la plage sont trop nombreux pour qu’il les compte mais les bottes crissent sur le gravier. Il prend appui sur une prise friable qui casse. Ses mains râpent contre la pierre, son menton rebondit sur la paroi. Soudain, ses doigts crochètent une faille. L’arrêt est abrupt. A l’aveugle, il cherche un appui pour ses pieds. Son corps le leste et ses doigts faiblissent. Il ne trouve que le vide là où la paroi devrait être. Il regarde. Une niche dans la roche. Si seulement il pouvait… Mais il n’y a pas de prise pour s’en approcher. Et l’ouverture fait au moins deux mètres de haut. Deux mètres de chute sans filet.

    Lorsque l’un des mercenaires apparaît au bord de la falaise, scrutant la mer et la plage, Anoki cesse de réfléchir et se laisse tomber. Son corps bascule. Il se coupe le souffle en atterrissant sur le dos mais il a réussi.

    Il reprend sa respiration. Un parfum impossible le saisit, venu des profondeurs de la roche, un parfum d’eau pure. Anoki se relève en oubliant la douleur. Des cordes fouettent la paroi. Par-dessus son épaule, il entrevoit les mercenaires de l’entreprise agricole glisser en rappel jusqu’à l’intérieur de la grotte.

    Ils sont derrière lui. Ils se déplacent avec habileté dans les conduits étroits où Anoki s’écorche coudes et genoux. Il doit trouver un passage. Il doit trouver l’eau. S’il trouve l’eau, tout ira bien.

    Anoki se rapproche du parfum, plus subtil que tous ceux qu’il a rencontrés dans sa carrière, une caresse pour son âme fatiguée. Si l’eau pure existe encore c’est qu’il y a un espoir. S’il peut les amener à la source, les mercenaires qui le talonnent l’écouteront peut-être. Eux aussi ils ont vu les plaines arides. Eux aussi ils vivent en craignant la pluie.

    Entêté par les nuances rares du parfum, Anoki perd son avance. Il n’a que le temps d’entendre la détente que l’on presse. Que le temps de sentir la poudre se mêler à l’air. Les mercenaires, après s’être assurés de sa mort, laissent là le dernier des nez de pluie.

    “Mission Accomplie”.

    De l’orifice qui lui perfore la nuque son sang malade coule avec lenteur, suit la pente naturelle de la roche, s’infiltre dans une ouverture étroite à un centimètre à peine de ses doigts inertes et, goutte à goutte, se mêle à un lac souterrain. Depuis une ouverture à flanc de falaise la lumière du soleil éclate en reflets irisés à la surface de l’eau à peine troublée, et baigne un jardin de mousses souterraines où affleurent quelques fleurs pales.

     

    FIN.

     

    Anaël  VERDIER

    Nez de Pluie...Anaël VERDIER


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  • Explorateur d'histoires, aventurier des mots et des émotions, Anaël Verdier écrit pour transporter, pour emporter le lecteur vers d'autres horizons relationnels, émotionnels, sexuels, pour ouvrir en grand les écluses de l'imagination et pour déplacer les mondes parallèles, les mondes possibles, les mondes impossibles, jusque dans notre monde. Flouter la frontière entre réalité et fiction est l'un de ses grands jeux et il s'amuse des spéculations que ses lecteurs font à la lecture de ses histoires.

    Auteur concerné, Anaël écrit sur les futurs abandonnés, ceux, suicidaires, que nous pouvons encore refuser, ceux, abondants et généreux, que nous sommes en train de refuser. Il raconte une Terre où l'eau est denrée rare et précieuse, où l'indifférence et la passivité l'emportent sur la révolte, où le plastique l'emporte sur l'organique. Ses histoires sont un véhicule pour hurler son angoisse de voir l'humain préférer l'ivresse d'aujourd'hui à la pérennité de demain.

    Humain optimiste, il écrit aussi des histoires d'amour et d'aventure légères, parce que quand l'humanité est à son meilleur, elle rêve, invente, répare, et elle aime.

    Et comme on ne se refait pas et qu'il a passé cinq ans sur les bancs de la fac, à écouter distraitement ses profs de philosophie et d'anthropologie puis cinq ans à jouer à des jeux de société et à écrire des dessins animés pour gagner sa vie, il lui arrive de blogger ses idées et ses plaisirs coupables ici :                       Blog d'Anaël

    Anaël écrit des nouvelles dans un large spectre de genres : 

    Les Nouvelles d'Anaël VERDIER

    De temps en temps, il transmet l'écriture à des auteurs en devenir : 

    Atelier écrire.tv 

    et sur YouTube :                  

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    Crédit photo : Florence Rivières

    8ème invité : Anaël VERDIER

     


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    Lacrima 

    Je suis née un matin de janvier, jour froid et gris, un jour comme tant d'autres. Un jour que les gens pourraient considérer comme banal comme un épi dans un champ, comme un simple brin d'herbe dans la plaine de leur vie. Je suis pourtant née après de douloureux et longs moments d'agonie, car pour moi tu n'étais pas n'importe qui.  

    Tu étais mienne et j'étais le fruit de ton âme.

    Je suis arrivée dans un monde rendu fade par le passage monotone du temps et des problèmes. Un monde érodé et vidé de son sens, dans lequel tu ne trouvais plus ta place ni ta raison d’être. J'existais depuis longtemps bien au delà de tes yeux, bien avant que le monde réel n'assèche mes courbes et ne tarisse ma pureté. J'ai grandi dans tes pensées, pris de l'importance en ton cœur, jour après jour, épreuves après épreuves.

    Je suis née un matin de janvier, un jour triste et gris loin du regard des autres, mais déjà amoureuse du tien. Tu m'attendais sans le savoir, mais tu me désirais. Tu as souffert de ma naissance, mais tu m'as tout de suite aimé et détesté à la fois.

    Je suis née pour toi, soulageant la fatigue et purgeant le chagrin. Un instant j'ai troublé ton monde par mon existence, révélant enfin sa cruauté. Un monde ondulant de tristesse et de solitude...

    Et je l'ai tout de suite détesté moi aussi.

    J'aurais pu t'en vouloir de m'avoir laissé naître dans cet endroit infernal qui a tout de suite tenté de me dévorer. J'aurais pu chuter et tomber dans l'oubli, dérobée à la vie...Mais sans le savoir réellement, tu avais besoin de moi.

    Besoin de moi pour adoucir ton regard sur le temps, besoin de moi pour oublier ton chagrin et ton malheur. Alors tout naturellement, tu m'as laissé tendre mes doigts vers tes pommettes, embrasser ta joue.

    En cet instant j'étais devenue ton amie et ta malédiction, et plus cette petite chose fragile dans le secret de ton être. Et alors que je marquais ton visage de mes premiers reflets, tu as décidé de ne parler de moi à personne, de ne pas me laisser affecter ta voix. J'étais ta passagère blanche, le cristal maudit de ton existence dont tu ne voulais plus avoir honte. J'étais celle à qui tu as remis tes peines et qui devait les faire mourir en les emportant avec son coeur. Je devais être la seule, l'unique. L'élue qui devait empourprer ton visage pour lui redonner des couleurs, et qu'importe si je devais me dissoudre dans le flot déchaîné du quotidien.

    Tu m'as aimé, et dans ce monde il n'y avait plus que nous.

    Amoureuse de ton visage comme du seul endroit sur terre que j'avais envie de voir, j'ai emporté avec moi toute la poussière du monde qui masquait ton regard. Tu m'as laissé faire de cette journée banale la tienne, et celle de personne d'autre. Une journée où je suis née comme un soulagement, cette journée où j'ai pu prendre dans ma naissance une partie de ta peine et du poids qui t’empêchait d'avancer.

    Et lentement j'ai commencé à décliner, prenant conscience que là-haut dans le puits de tes yeux j'avais peut-être réussi à te sauver. Ce temps-là avait été le tien, le nôtre, malgré les seules minutes qu'il avait duré. Tels ces papillons venant au monde sans bouche, j'étais destinée à naître sans perspective d'avenir, éphémère mais belle, rappelant à ton corps sa propre vie.

    Tu as senti ma fin venir alors que je quittais ton visage et ta vie, mais tu ne m'as pas étouffée dans un mouchoir comme n'importe quelle larme. Tu m'as laissé chuter sur une feuille blanche, assombrissant le papier avec mon histoire, offrant à mon existence un autre but que celui d'un rejet. Tu m'as donné du sens.

    Une dernière fois, toi et moi avons vécu ensemble...Moi dans l’éternité des mots, et toi avec ce léger goût salé sur la joue. Ensemble, nous avons chassé la bruine de ce jour de janvier avec l'envie de me remplacer par un sourire.

    FIN

     

    Gus

     

    Lacrima...GUS

     

     


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    GUS se confie :

     

    Toute ma vie j’ai baigné dans le divertissement, dans l’art de la fuite vers l’imaginaire et le lâcher-prise. Enfant de mon époque, j’ai été élevé avec l’idée que même le quotidien le plus maussade peut devenir heureux, vivant, si on l’habille d’imagination. J’aimais les légendes, la science fiction, les super-héros, les voyages, les sentiments sans vernis, l’humour...Autant de choses que vous retrouverez dans mes écrits.

    Aujourd’hui j’ai de nombreux projets, et pas mal de difficultés à m’organiser pour les mener tous de front... C’est vrai, mais j’en ai besoin. Courts métrages, recueil de nouvelles et surtout je termine aujourd’hui mon premier projet d’envergure, une trilogie fantastique dont je peaufine une dernière fois le premier tome avant édition, avant de réviser les deux suites.

    Je ne me limite désormais plus qu’à mon envie.

    Je vais avoir 30 ans et ce monde qui est le mien - qui est né comme un jardin secret refuge d’enfant - a maintenant les proportions d’un Univers, dont je me fais le bâtisseur, et le guide si vous le souhaitez.

    Invité surprise : GUS

     


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