• Bruno Sanna est né le 16 mai 1966 à Belfort dans le territoire de Belfort. Musicien et membre de la SACEM, il crée dans les années 1990, en compagnie de ses deux frères le groupe 5è Avenue avec lequel il enregistre l'album, Les baratins du bar atteint.

    Auteur compositeur, Bruno Sanna ressentit l'envie d'aller bien plus loin qu'une chanson de quelques minutes en écrivant son premier roman.

    En avril 2017, il édite LE MATIN DES LARMES. 

    Disponible sur AMAZON : Le Matin des Larmes

     

    5ème invité : Bruno SANNA


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    Déménageur

     

    Elle avait déposé deux panneaux de signalisation de déménagement vingt-quatre heures auparavant, juste au pied de l’immeuble. Elle était venue vérifier à plusieurs reprises que personne ne les déplaçait et n’occupait cette place si précieuse. Elle faisait les cent pas depuis presque une demi-heure, alors que le rendez-vous était fixé pour dans dix minutes. Un petit vent froid la faisait grelotter. Elle s’était habillée trop légèrement, d’un tailleur pantalon de tweed gris perle, d’une veste blazer courte et bien trop cintrée, d’un pull rose à col roulé trop fin. Il fallait qu’elle fasse plus jeune que les soixante-huit ans qu’elle venait de fêter quelques jours plus tôt. D’un geste machinal, elle ne cessait de replacer les mèches de ses cheveux blancs sous son foulard. Elle s’assurait que sa jolie perruque était bien en place. Ses grandes lunettes aux verres teintées glissaient sur son nez trop fin et poudré.

    L’utilitaire de vingt mètres cubes finit par arriver, parfaitement à l’heure. Elle jugea que l’homme qui descendit du camion avait le physique de l’emploi, mais elle s’attendait à en voir apparaître un second. Elle marqua quelques secondes de surprise avant de réagir au bonjour du déménageur.

    — Madame d’Andrésy ?

    Il lui tendit une main qu’elle hésita à prendre, elle oublia de retirer son gant.

    — Vous êtes monsieur Blondin, de la société Les déménageurs du Marais n’est-ce pas ? Comment se fait-il que vous ne soyez pas au moins deux ? Vous pensez pouvoir tout déménager seul ? Et dans les temps ?

    L’homme sourit avec bienveillance.

    — Sauf si vous vous êtes trompée question volume, je suis capable de vous vider un appartement de quarante mètres carrés en un temps trois mouvements. Vous inquiétez pas.

    Elle approuva d’un hochement de tête, comme s’il lui fallait encore quelques secondes pour être tout à fait convaincue.

    — Je vous demanderais de ne pas perdre de temps. Je suis assez pressée.

    Elle monta les trois marches de l’entrée, plaqua son bip près de l’interphone et laissa à l’homme le soin d’ouvrir grand les deux portes du hall d’entrée.

    À cette heure de la journée, la concierge s’absentait toujours un bon moment. Elle était passée se présenter quelques jours plus tôt, pour expliquer qui elle était et ce qu’elle venait faire. Heureusement que la petite nièce, actuellement à l’étranger, avait longuement parlé de sa charmante parente à cette concierge. Cela facilita les choses.

    L’appartement comptait un grand nombre de meubles anciens, de très bonne facture et de petite taille. Elle désigna à monsieur Blondin ceux qui devaient être emmenés, en faisant lentement glisser son index sur chacun d’eux, comme pour y imprimer une marque invisible.

    — Jolis meubles, fit le déménageur.

    — Oui admit-elle d’une voix émue. Ils sont tous signés. J’aime les vieux meubles, ils ont une histoire, des secrets. Ils sont un peu la mémoire des familles qui les ont possédés. 

    — Pour sûr, c’est pas du Ikéa.

    L’homme prit son temps pour jauger ce qu’il devait prendre et la façon dont il devait s’y prendre.

    — Normalement, tout doit rentrer sans problème fit remarquer la vieille dame. J’ai un peu l’habitude, jugea-t-elle utile de préciser.

    Elle prit un tabouret assez haut, qu’elle plaça dans un coin de l’appartement où elle pourrait surveiller monsieur Blondin sans le gêner.

    Le déménageur sortit, installa une petite rampe sur l’escalier du dehors et revint muni d’un diable, rouge pompier et qui semblait venir tout droit de chez le marchand tellement il paraissait neuf. Il y plaça le premier meuble, un secrétaire marqueté à décor de fleurs, avec beaucoup de précautions. Très bien, songea madame d’Andrésy, il ne manipule pas de l’Ikéa mais du Schlichtig.

    — Vous travaillez toujours seul ? demanda-t-elle.

    — En général oui, souffla-t-il en poussant doucement hors de l’appartement le diable lourdement chargé. Le petit secrétaire pesait finalement plus que l’on pouvait s’y attendre.

    Elle resta seule quelques secondes, le cou tendu pour surveiller monsieur Blondin puis descendit de son tabouret pour le rejoindre. Elle l’observa un instant en triturant ses mèches. L’homme faisait toujours montre de beaucoup de précaution. Son camion regorgeait de sangles, de cales, de housses de protection, de couvertures et autres morceaux de caoutchouc de formes diverses. Très bien jugea madame d’Andrésy. Mais il était lent. Ses gestes lui semblaient un peu hésitants, comme s’il ne possédait pas tous les automatismes de son métier.

    — Vous déménagez souvent des meubles ?

    L’homme esquissa un sourire qu’il camoufla aussitôt par une grimace d’effort, vérifiant pour la nième fois le serrage d’une sangle.

    — Je suis idiote. Quand on est déménageur, on déménage forcément des meubles. Et même préférentiellement des meubles.

    Elle le suivit à nouveau, lui et son diable rouge, dans l’appartement où elle se rassit à la même place.

    — Vous travaillez depuis longtemps dans ce métier ? Je veux dire... Mais elle ne finit pas sa phrase et combla le silence en tapotant sur une petite table.

    Monsieur Blondin marmonna un oui étouffé tout en soulevant une adorable commode décorée elle aussi de marqueterie, mêlant bois précieux et ivoire.

    — Deloose, un ébéniste du 18ème précisa-t-elle en l’accompagnant une nouvelle fois à l’extérieur. Mon père était historien, spécialiste du siècle des philosophes.

    Le déménageur continuait à sourire poliment, très concentré. Le va-et-vient entre l’appartement et l’utilitaire se poursuivit ainsi pendant trente bonnes minutes.

    Plus elle observait monsieur Blondin et plus il lui paraissait évident que cet homme n’était pas un professionnel. Un homme au chômage qui se débrouille comme il peut pour vivre songea-t-elle. Et que fais-je d’autre, après tout ? Moi aussi je me débrouille pour vivre.

    Il ne restait plus que deux meubles à charger.

    — Je n’ai pas suivi les traces de mon père dit-elle à l’attention d’un monsieur Blondin de plus en plus distant, le regard fuyant. Ou peut-être pourrait-on dire que si, d’une certaine façon. Mais la vie est faite de hauts et de bas. Elle vous oblige souvent à emprunter des chemins inattendus. C’est ainsi. Il faut éviter de juger les actes d’autrui. Car on possède rarement toutes les clés pour les comprendre.

    Monsieur Blondin regarda madame d’Andrésy quelques secondes dans les yeux, sans rien dire. Il semble surpris, songea-t-elle, peut-être a-t-il compris mes propos.

    Le dernier meuble venait d’être calé, sanglé, protégé. Pendant qu’elle fermait l’appartement, monsieur Blondin rangea son matériel. Ils se retrouvèrent sur le trottoir, hésitant quelques secondes sur la manière de conclure cette première partie du déménagement. Finalement, madame d’Andrésy lui rappela l’adresse où il était convenu qu’ils se retrouvent d’ici une heure, du côté de Massy. Elle regarda s’éloigner l’utilitaire, vaguement mal à l’aise. Ce n’était pourtant pas la première fois qu’elle cambriolait un appartement du 16ème aussi luxueusement meublé. Mais se faire doubler, ce serait bien la première fois...

     

    FIN

    Bruno LEDOUX

     

     

    Déménageur...Bro LEDOUX

     


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  • Bruno Ledoux : jeune homme de 55 ans, qui tergiverse entre littérature et viticulture, écriture et dive bouteille. À son actif : un roman terminé à réécrire intégralement, une moitié de roman prometteuse mais en jachère, une biographie romancée assoupie, une idée de roman compliqué à l’état de fragments, un blog en pleine floraison, une cuvée 2016 100% Merlot très réussie, dont la moitié des 40 bouteilles produites est déjà bue. Devrait finir par faire quelque chose des mots amassés et encore mal vinifiés. Mais quand ?

    Pour parfaire sa connaissance : www.vignobles-du-sud.fr 

    4ème Invité : Bruno LEDOUX


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    Alors, comme ça, tu es partie…

     

    La vie de nos jours est trépidante.

    Il y a même des jours où vous vous levez et, dans votre tête, vous préparez votre petite journée en organisant toutes vos tâches à effectuer dans les tiroirs de votre cerveau : "faire les courses", "rappeler le client de lundi", "aller chercher la couette au pressing" Il faut tout prévoir pour pouvoir anticiper, gérer, tout contrôler

    Bien sûr, vous vous laissez manipuler par le quotidien, le boulot, les bouchons, les enfants. A vrai dire, vous n’avez jamais le temps de rien, tout est chronométré, chronophage.  

    Hélas, bien souvent, la vie en décide autrement.

    Vous pensez que vos proches sont en toute sécurité, bien chez eux au chaud, de toute façon vous leur passerez un coup de fil dans quelques jours pour vous en assurer. Mais vous oubliez ce fameux coup de fil à passer et lorsque vous vous en apercevez, il est bien souvent une heure avancée de la soirée, pas question de téléphoner à cette heure-ci !

    Et puis, un jour, c’est le téléphone qui se rappelle à vous en sonnant de lui-même et alors vous entendez une phrase, une seule et unique phrase qui va bouleverser votre vie à tout jamais.                    

    Le choc est si terrible que vous vous écroulez sur le sol, tout tourne autour de vous comme dans un manège malsain et incessant. Les larmes arrivent immédiatement comme un coup de poignard, votre gorge se serre et votre respiration se fait plus difficile, vous êtes étranglée de douleur.

    En quelques secondes votre vie, si bien organisée, s’est effondrée.

    Alors vous pensez à la personne, cet être si cher que vous venez de perdre, vous aimeriez figer le temps pour revenir quelques heures en arrière et pouvoir lui parler une dernière fois. Vous ne vous verrez plus jamais, vous ne pourrez pas lui dire "au revoir". C’est trop tard désormais, le temps imparti est révolu.

    La tristesse alors s’empare de vous, une tristesse impénétrable, durable. Une tristesse que personne ne pourra jamais comprendre. Le temps s’est arrêté à partir de ce coup de fil. Maintenant vous n’avez plus la notion du temps, vous qui étiez si proche de votre horloge. Désormais, vous regardez l'heure mais vous ne la comprenez pas, les jours sont devenus nuits. Ou plutôt cauchemars.

    Alors qu’auparavant vous pensiez fréquemment à cette personne si chère, aujourd’hui elle hante vos pensées. Vous commencez à réfléchir à la cérémonie qui aura lieu dans une semaine, dans quel état serez-vous à ce moment-là ? Après l’avoir vue, l’avoir touchée, après avoir réalisé ce qu’il se passe, vous n’arrivez même pas à imaginer.

    Vous repensez à ce coup de fil que vous auriez dû passer et que vous avez oublié. Vous avez raté votre dernier rendez-vous avec elle.

    Survivre à ses proches n’est pas chose aisée, vous les pensiez éternels, mais ils sont plus fragiles que vous le supposez.

    Le temps des funérailles est venu, après de nombreuses heures de route noyées de larmes, vous voyez cette personne que vous aimez tant, allongée, endormie dans un sommeil si profond, si abyssal. Encore une fois, vous vous dites que ce n’est pas possible, que rien de tout cela n’est arrivé, qu’elle va se réveiller, qu’elle va ouvrir ses yeux et vous regarder de son si joli regard. Vous restez là, à attendre le miracle. Mais rien ne vient, alors vous vous enfoncez encore un peu plus dans votre détresse. Ici tout le monde pleure alors il vous faut prendre sur vous et encaisser.

    On vous demande de lire un discours et vous vous trainez jusqu’au pupitre, emplie de souffrance, de tristesse, de douleur. Vous regardez le cercueil et vous prenez une inspiration, vous faites un temps d’arrêt et vous commencez à débiter ce que vous avez écrit la veille.

    Les souvenirs de la personne disparue vous submergent encore un peu plus, la vue des roses déposées sur le cercueil vous est insupportable. Ces roses ressemblent à celles que vous aimiez tant lui offrir étant enfant. Finalement, c’est aussi votre enfance qui part avec elle. L’éloge funèbre se termine et désormais il va falloir tenir et faire face devant le cercueil qui se prépare à entrer dans les flammes. Vous restez figée, il le faut, il faut accepter, il faut la laisser partir.

    Le cercueil roule vers la chaleur, le bruit des flammes qui crépitent, lentement. À cet instant, votre souffrance est maximale, au zénith.

    Vous la voyez encore vous regarder et vous sourire, cela vous manquera pour toujours, un morceau de vous est dans ce cercueil, un morceau de votre cœur repose à côté d’elle.

    On vous annonce alors qu’il va falloir patienter deux heures, le temps que "tout se consume". Des cendres, rien que des cendres. Voilà, c’est tout ce qu’il restera d’elle ? Un "tout" consumé ? Cette pensée est un supplice. L’imaginer ainsi seule dans cette boîte en proie aux flammes.

    Puis, finalement, voici l’arrivée de l’urne, ce superbe vase bleu qui contient les cendres de celle que vous aimerez toujours, de celle qui restera gravée dans votre mémoire à tout jamais, de celle qui occupe toutes vos pensées.

    Ne dit-on pas que le souvenir des personnes disparues subsiste uniquement au travers de ceux qui les ont gardées en mémoire ? Ainsi lorsque toutes les personnes se souvenant de vous se meurent alors vous disparaissez à tout jamais.

    Au cimetière, une nouvelle cérémonie est donnée afin de dire une dernière fois "au revoir" à votre être cher. Vous êtes face à un trou de la taille d’une table basse avec, entre vos mains, l’urne. Aujourd'hui, tout est dénaturé, il faut rentrer dans les cases même à l’heure de votre mort.

    Tout le monde vous salue et s’en va voguer à ses occupations diverses et variées. Vous, vous restez là, debout devant ce trou béant dans votre cœur, regardant cette urne, si jolie soit-elle, vous la détestez. Vous restez immobile, comme pétrifiée par la vision de la réalité. C’est réel, maintenant vous le savez, elle s’en est allée, d’un coup comme ça, son cœur a décidé de s’arrêter. 

    Et si vous avez la possibilité de le passer ce coup de fil, maintenant ? Que lui diriez-vous ?                                 

    "Alors comme ça tu es partie ? "

    FIN

     

    Justine OBS

     

    Alors, comme ça, tu es partie...Justine OBS


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    Justine OBS est une jeune auteure originaire du Nord-Pas-De-Calais, elle a écrit durant 15 ans un livre autobiographique publié sous la forme de 2 tomes en auto-édition sur Amazon, nommé « Je suis passée plusieurs fois par la porte des enfers… »

    Évidemment, il comporte des passages difficiles mais bien des lecteurs ont déjà salué son courage d'avoir su poser des mots sur son vécu qui a été semé d'embûches... 

    Elle écrit :

    « Heureusement je m'en suis sortie. Je sais bien que je n’ai que vingt-cinq ans mais j’ai l’impression d’en avoir cinquante alors je ressens l’envie de partager mon vécu pour aider les autres ».

    Pour Justine, l’écriture est un exutoire mais aussi et surtout une passion.

    Un autre livre, plutôt fantastique cette fois-ci, est en cours d’écriture.

    Alors, comme ça, tu es partie..., c'est la nouvelle que vous lirez bientôt. 

    Découvrez l'autobiographie de Justine OBS via ce lien : 

    Je suis passée plusieurs fois par la porte des enfers

     

    3ème Invitée : Justine OBS

     

     


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