• Alors, comme ça, tu es partie...Justine OBS

     

    Alors, comme ça, tu es partie…

     

    La vie de nos jours est trépidante.

    Il y a même des jours où vous vous levez et, dans votre tête, vous préparez votre petite journée en organisant toutes vos tâches à effectuer dans les tiroirs de votre cerveau : "faire les courses", "rappeler le client de lundi", "aller chercher la couette au pressing" Il faut tout prévoir pour pouvoir anticiper, gérer, tout contrôler

    Bien sûr, vous vous laissez manipuler par le quotidien, le boulot, les bouchons, les enfants. A vrai dire, vous n’avez jamais le temps de rien, tout est chronométré, chronophage.  

    Hélas, bien souvent, la vie en décide autrement.

    Vous pensez que vos proches sont en toute sécurité, bien chez eux au chaud, de toute façon vous leur passerez un coup de fil dans quelques jours pour vous en assurer. Mais vous oubliez ce fameux coup de fil à passer et lorsque vous vous en apercevez, il est bien souvent une heure avancée de la soirée, pas question de téléphoner à cette heure-ci !

    Et puis, un jour, c’est le téléphone qui se rappelle à vous en sonnant de lui-même et alors vous entendez une phrase, une seule et unique phrase qui va bouleverser votre vie à tout jamais.                    

    Le choc est si terrible que vous vous écroulez sur le sol, tout tourne autour de vous comme dans un manège malsain et incessant. Les larmes arrivent immédiatement comme un coup de poignard, votre gorge se serre et votre respiration se fait plus difficile, vous êtes étranglée de douleur.

    En quelques secondes votre vie, si bien organisée, s’est effondrée.

    Alors vous pensez à la personne, cet être si cher que vous venez de perdre, vous aimeriez figer le temps pour revenir quelques heures en arrière et pouvoir lui parler une dernière fois. Vous ne vous verrez plus jamais, vous ne pourrez pas lui dire "au revoir". C’est trop tard désormais, le temps imparti est révolu.

    La tristesse alors s’empare de vous, une tristesse impénétrable, durable. Une tristesse que personne ne pourra jamais comprendre. Le temps s’est arrêté à partir de ce coup de fil. Maintenant vous n’avez plus la notion du temps, vous qui étiez si proche de votre horloge. Désormais, vous regardez l'heure mais vous ne la comprenez pas, les jours sont devenus nuits. Ou plutôt cauchemars.

    Alors qu’auparavant vous pensiez fréquemment à cette personne si chère, aujourd’hui elle hante vos pensées. Vous commencez à réfléchir à la cérémonie qui aura lieu dans une semaine, dans quel état serez-vous à ce moment-là ? Après l’avoir vue, l’avoir touchée, après avoir réalisé ce qu’il se passe, vous n’arrivez même pas à imaginer.

    Vous repensez à ce coup de fil que vous auriez dû passer et que vous avez oublié. Vous avez raté votre dernier rendez-vous avec elle.

    Survivre à ses proches n’est pas chose aisée, vous les pensiez éternels, mais ils sont plus fragiles que vous le supposez.

    Le temps des funérailles est venu, après de nombreuses heures de route noyées de larmes, vous voyez cette personne que vous aimez tant, allongée, endormie dans un sommeil si profond, si abyssal. Encore une fois, vous vous dites que ce n’est pas possible, que rien de tout cela n’est arrivé, qu’elle va se réveiller, qu’elle va ouvrir ses yeux et vous regarder de son si joli regard. Vous restez là, à attendre le miracle. Mais rien ne vient, alors vous vous enfoncez encore un peu plus dans votre détresse. Ici tout le monde pleure alors il vous faut prendre sur vous et encaisser.

    On vous demande de lire un discours et vous vous trainez jusqu’au pupitre, emplie de souffrance, de tristesse, de douleur. Vous regardez le cercueil et vous prenez une inspiration, vous faites un temps d’arrêt et vous commencez à débiter ce que vous avez écrit la veille.

    Les souvenirs de la personne disparue vous submergent encore un peu plus, la vue des roses déposées sur le cercueil vous est insupportable. Ces roses ressemblent à celles que vous aimiez tant lui offrir étant enfant. Finalement, c’est aussi votre enfance qui part avec elle. L’éloge funèbre se termine et désormais il va falloir tenir et faire face devant le cercueil qui se prépare à entrer dans les flammes. Vous restez figée, il le faut, il faut accepter, il faut la laisser partir.

    Le cercueil roule vers la chaleur, le bruit des flammes qui crépitent, lentement. À cet instant, votre souffrance est maximale, au zénith.

    Vous la voyez encore vous regarder et vous sourire, cela vous manquera pour toujours, un morceau de vous est dans ce cercueil, un morceau de votre cœur repose à côté d’elle.

    On vous annonce alors qu’il va falloir patienter deux heures, le temps que "tout se consume". Des cendres, rien que des cendres. Voilà, c’est tout ce qu’il restera d’elle ? Un "tout" consumé ? Cette pensée est un supplice. L’imaginer ainsi seule dans cette boîte en proie aux flammes.

    Puis, finalement, voici l’arrivée de l’urne, ce superbe vase bleu qui contient les cendres de celle que vous aimerez toujours, de celle qui restera gravée dans votre mémoire à tout jamais, de celle qui occupe toutes vos pensées.

    Ne dit-on pas que le souvenir des personnes disparues subsiste uniquement au travers de ceux qui les ont gardées en mémoire ? Ainsi lorsque toutes les personnes se souvenant de vous se meurent alors vous disparaissez à tout jamais.

    Au cimetière, une nouvelle cérémonie est donnée afin de dire une dernière fois "au revoir" à votre être cher. Vous êtes face à un trou de la taille d’une table basse avec, entre vos mains, l’urne. Aujourd'hui, tout est dénaturé, il faut rentrer dans les cases même à l’heure de votre mort.

    Tout le monde vous salue et s’en va voguer à ses occupations diverses et variées. Vous, vous restez là, debout devant ce trou béant dans votre cœur, regardant cette urne, si jolie soit-elle, vous la détestez. Vous restez immobile, comme pétrifiée par la vision de la réalité. C’est réel, maintenant vous le savez, elle s’en est allée, d’un coup comme ça, son cœur a décidé de s’arrêter. 

    Et si vous avez la possibilité de le passer ce coup de fil, maintenant ? Que lui diriez-vous ?                                 

    "Alors comme ça tu es partie ? "

    FIN

     

    Justine OBS

     

    Alors, comme ça, tu es partie...Justine OBS


  • Commentaires

    1
    bruno
    Samedi 22 Juillet à 12:34

    Bien que mélancolique, ce texte est plutôt joli.

     

    2
    Caro
    Lundi 24 Juillet à 09:16
    Caro
    Cette nouvelle est criante de vérité et magnifiquement écrite.Encore bravo de nous offrir ces pépites d'or de la création comme autant de petits morceaux de ton imagination
    3
    Caro
    Lundi 24 Juillet à 09:17
    Caro
    Cette nouvelle est criante de vérité et magnifiquement écrite.Encore bravo de nous offrir ces pépites d'or de la création comme autant de petits morceaux de ton imagination
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