• Aire de latitude 45...extrait...

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    « Aire de Latitude 45 », extrait... 

     

    (...)La pièce était presque vide. Un matelas était posé au sol recouvert d’un simple drap et pas de meuble hormis une table de chevet avec une lampe et un carnet : ce genre de petit carnet qui pourrait bien être ce qu’on appelle un journal intime. Sans aucune hésitation, il l’a pris. Il l’a ouvert à la première page, l’encre était légèrement passée avec ça et là quelques traces indéfinissables. Le mot « cocue » était écrit en très gros, et puis dessous, entre parenthèses : bafouée, bernée, blousée, coiffée, empaumée, flouée, leurrée, trompée

    Il n’a pas pu refermer le cahier, c’était la deuxième fois en peu de temps qu’il entendait ce mot, cocue, et la tentation d’en savoir plus était grande. Il a installé l’oreiller dans son dos et a commencé à lire.

     

    3 août 2007,

    Ce matin, la tête pleine de cauchemars, j’ai été happée par la sensation que nous ne nous reverrons jamais. Elle me colle à la peau et j’ai du mal à m’en séparer. Elle s’agrippe à mes cheveux, y fait des nœuds et essaye de s’immiscer dans mon corps. J’ai pensé que des larmes rendraient son accroche plus difficile. J’ai pleuré, et elle s’est délectée de cette eau à en devenir ivre. Profitant de ce moment de faiblesse, je l’ai saisie et chiffonnée tel un vulgaire morceau de papier et envoyée valser le plus loin possible de moi. Mais je reste vigilante, le combat continue...

     

    4 août 2007,

    Tu me manques. Nos conversations me manquent. Tout me manque : tes mots, tes élans, tes envies, tes désirs, tes emportements, ta fougue, ton exaltation, ta passion, ta vie. J’espère que tu n’es pas las de moi (tu me le dirais, n’est-ce pas ?).

     

    5 août 2007,

    Il pleuvait : une pluie froide et dense. La nuit était profondément noire lorsque j’ai pris la route. Et si la pluie était facilement balayée par les essuie-glaces, je ne peux pas en dire autant des larmes qui inondaient mes yeux. J’ai été obligée de m’arrêter. Je me suis retrouvée en pleine forêt, pleurant toutes les larmes de mon corps sur mes espoirs déçus.

     

    6 août 2007,

    La déception m’a envahie et s’est installée dans mes entrailles. Elle se diffuse dans mes poumons jusqu’à l’oppression et a encerclé mon cœur de douleurs… Je suis cernée et le siège ne fait que commencer. Mes barricades me semblent dérisoires, voire inexistantes, face à sa puissance. Elle est armée jusqu’aux dents, et mes pauvres fortifications font pâle figure face à sa force. Je suis allée au champ d’honneur, le cœur posé au creux de mes mains, des fleurs dans les cheveux et tous mes sourires pour munitions. Je vais être obligée de me rendre pour éviter le massacre et l’extermination. J’ai perdu la bataille. La défaite est amère et laisse un goût sordide et déloyal dans la bouche. Le combat n’était pas régulier. Et je demande justice ! Que le tribunal fasse son travail, il verra bien toute l’absurdité et l’incohérence de cette affaire : « C’est une folie, Monsieur le Juge ! » On ne m’a pas entendue, ma défense a été pitoyable et pour finir j’ai été sacrifiée. On m’a condamnée à l’enfermement à perpétuité. Je suis sortie de ce tribunal de pacotille, pieds et poings liés, essayant de ramasser ce qu’il restait de mon pauvre cœur abîmé : il traînait lamentablement dans une boue mêlée de désenchantement et de chagrin. Mais il bat toujours, alors je continue la guerre, en silence, je ne sais pas encore comment je vais faire ni combien de temps cela prendra, mais je vais me débrouiller pour lui procurer les plans de ma geôle, et il viendra me délivrer !

     

    8 août 2007,

    Le blues a fait son apparition. Je ne le verrai plus. J’en suis tout à fait sûre maintenant. Je n’ai plus qu’à pleurer sur mes espoirs et je les piétine de toutes mes forces avec rage. Si je pouvais, j’y mettrais le feu que j’attiserais jusqu’à les réduire en cendres ! Je chanterais dessus violemment pour qu’elles s’éparpillent en tous lieux et qu’elles disparaissent à tout jamais. Il ne doit rien rester de ces merveilles qui m’ont tant fait rêver ! Est-ce que la réalité ne peut pas être aussi belle ? Est-ce que la vie est forcément décevante, me condamnant aux mirages ? Est-ce que le tangible n’est qu’une ruine incendiée puant la cendre mouillée que l’on essaye sans cesse d’éteindre, d’étouffer comme si l’on se mentait à soi-même, ad vitam aeternam ? (...)

     


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  • Commentaires

    1
    JOLEME999
    Jeudi 19 Avril à 09:28

    Encore, encore, SVP....

     

    J'ai très envie de lire le début, la suite etc. c'est très prometteur et frustrant yes

      • Jeudi 19 Avril à 13:20

        Il va falloir patienter...

        mais tu as de la chance parce que cette nouvelle va paraitre très bientôt dans un recueil

        où on retrouve neuf auteurs pour la plupart ayant participé au Festival Virtuel de la Nouvelle 2017.

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